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Главная INTER-CULTUR@L-NET Выпуск 05/2006 Espace francophone en russie: approche historique et interculturelle

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 Espace francophone en russie: approche historique et interculturelle

 

Sergueï Panov (France)

L'objectif de cette communication est de retracer les principaux éléments historiques et interculturels de la francophonie en Russie qui, pourtant, n'appartient pas à l'espace francophone. On peut plutôt parler d'une présence limitée de la langue et culture françaises, car la Russie se situe linguistiquement hors du champ culturel francophone. Néanmoins, la France est traditionnellement perçue par les Russes comme un pays au grand héritage culturel. Sa langue est considérée comme une langue de privilège, de prestige, de «charme» et même d'une certaine «nostalgie»1. Le fait de parler français provoque souvent chez les gens l'admiration et la curiosité, et ses positions sont assez solides pour garder une troisième place dans la hiérarchie des langues étrangères, après l'anglais et l'allemand.

L' uvre de nombreux grands écrivains russes, tels que Pouchkine, Tolstoï, Tourgueniev, et beaucoup d'autres, était lié a la France et à sa culture. De plus, c'était réciproque: Diderot, Voltaire, Mérimue, Balzac, Dumas, Rolland étaient passionnés par la Russie et ses richesses culturelles. Il y a un proverbe russe qui dit: «Voir Paris et mourir». Et c'est vrai Les Russes considèrent Paris comme la capitale du monde et estiment qu'il faut y «faire un pèlerinage» au moins une fois dans sa vie. Cette vision idéalisée de la France est due a Fensemble des relations historiques, culturelles et même à l'attitude personnelle des professeurs de français qui vénèrent souvent ce pays de richesse dans tous les domaines.

La réflexion sur la place de la langue française en Russie suscite une mise en valeur de différents facteurs: anthropologiques, historiques, politiques, ethnosocioculturels, etc. La Russie comme milieu de référence représente une difficulté particulière, car les évènements de 1917 ont séparé les deux pays politiquement, et le rattrapage du «temps perdu» s'effectue très lentement.

Pourquoi, la France est-elle devenue le pays le plus attractif pour la culture russe? Quels sont les facteurs extralinguistiques qui expliquent une présence si tangible dufran si tangible du français en Russie? Qu'estce qu'il y a derrière le choix de la langue française et quels en sont les motifs: beauté du pays, terre de liberté, accent rouillé, richesses exceptionnelles de la culture ou autre chose? Par quoi peut-on expliquer cette grande motivation, implication et enthousiasme de la part des enseignants de français qu'on observe dans la plupart des établissements scolaires? Enfin, quelles sont les perspectives de l’enseignement du français dans le contexte des langues étrangères?

Aperçu historique du dialogue interculturel

Pour répondre à ces questions, il est nécessaire de s'arrêter sur la perspective historique afin de mieux comprendre un pays qui n'a jamais cessé d'entretenir avec la France des relations fortes et privilégiées. Le dialogue franco-russe a une longue histoire: il est passé par des périodes d'ouverture, d'amitié, de coopération, il a vu des hostilités et même des guerres. Grosso modo, on distingue quatre étapes importantes des relations franco-russes:

- le 11e siècle: la première alliance qui est une alliance dynastique: Anne de Kiev, fille du prince Iaroslav le Sage, devient reine de France après son mariage avec Henri 1er. Après la mort de ce dernier, elle assura la régence et dirigea la France. Cette étape est séparée des autres par plus de 400 ans, interruption due à l'invasion des Tatars sur le territoire russe et l’isolement de la Russie.

- les 16e-18e siècles - c'est le temps de la recherche et de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays qui ont été instaurées en 1717. Depuis, la France est l'une des principales partenaires de la Russie. Cette période dure jusqu'à l'avènement de la grande révolution française qui apportera une brève rupture des liens diplomatiques.

- le 19e siècle/début du 20e passe à travers de nombreuses guerres (guerres de Coalitions, campagne de Russie, guerre de Crimée) vers l'Alliance franco-russe de 1891. Le rapprochement entre les deux pays est symbolisé par le pont Alexandre III à Paris dont la première pierre fut posée en 1896 par l'empereur Nicolas II. Ce temps est séparé de l'époque contemporaine par les évènements de 1917 en Russie.

- enfin, le 20e siècle, période de l'approfondissement et de l’élargissement des contacts dans tous les des domaines. L'histoire moderne des relations diplomatiques franco-russes (soviétiques) commence en 1924 où la France a reconnu la Russie des Soviets.

Le véritable intérêt pour la langue et culture françaises date des années 1760, où les liens culturels entre les deux pays connaissent une période d'essor impétueux. Cela est dû en grande partie aux réformes de Pierre le Grand et de ses successeurs. L'influence de la culture française sur la Russie est difficile a surestimer: les idées de Voltaire, Rousseau, Diderot, Montesquieu, Helvétius ont pénétré le milieu intellectuel et culturel du pays. L'impératrice Catherine la Grande, elle aussi, se passionnait non seulement pour ? uvre des grands philosophes français mais aussi pour l’étude du français:

«...les dépêches diplomatiques, les remarques de ses ministres, [sont faits] dans un français éblouissant, d'une précision, d'une richesse incomparable. J'ai lu notamment sa correspondance [la correspondance de Catherine la Grande] avec Frédéric II. Tout cela est écrit dans un français d'une richesse que nous ne soupçonnons pas, qui n'est plus la richesse du français de notre époque»2.

A cette époque, la France devient une source spirituelle et un exemple de développement. Ont été crees FAcademie des Sciences, l’Académie des beaux-arts, des bibliothèques et des musées. L'aspiration à apprendre le français et à découvrir la culture française a toujours été importante pour la noblesse russe. Cela s'est manifesté par le fait que c'est le modèle français de l’enseignement qui a été pris pour base dans l’enseignement russe. La noblesse russe a également calqué les bonnes manières, le comportement «à la française», la mode.

En présentant le sujet sur la francophonie en Russie, on cite souvent le roman-fresque de Léon Tolstoï «Guerre et paix» ou de nombreuses conversations sont écrites en français, dès la première page. En effet, l’élite russe parlait les deux langues dont l’usage était déterminé par certaines règles de communication. Tandis que la correspondance entre le tsar et ses hauts fonctionnaires se faisait en russe, les lettres officielles dites «neutres» pouvaient être rédigées en français. La correspondance amicale entre les hommes se faisait principalement en russe, tandis que le genre épistolaire féminin et mixte privilégiait le français. Voici un extrait de la lettre de Pouchkine adressée à Anna Kern, écrite le 28 août 1825:

«...mais surtout donnez-moi l’espérance de vous voir… Si vous venez, je vous promets d'être extrêmement aimable, je serai gai lundi, exalté mardi, tendre mercredi, leste jeudi; vendredi, samedi et dimanche, je serai tout ce qu'il vous plaira et toute la semaine a vos pieds»3.

Il faut dire que de nombreux ouvrages littéraires et poétiques des auteurs russes sont aussi en français. Parmi ces noms figurent Pouchkine, Lermontov, Trediakovski, Herzen, AlekseïTolsto Tolstoï et beaucoup d'autres. L'un des derniers exemples est F uvre d'André Makine qui a obtenu en 1995 les Prix Goncourt et Médicis pour le Testament français. Il est a noter que la pénétration du français en Russie portait un caractère paradoxal: une partie écrasante des écrivains et poètes russes ne pouvaient pas se passer du français, mais en même temps, ils critiquaient, pratiquement tous, son expansion.

Quoi qu'il en soit, il faut mettre en évidence le rôle et la place du français dans l’évolution de la langue russe. Leur rencontre était inévitable, car la Russie du 18e siècle cherchait une ouverture vers le monde, notamment vers l’Europe et le russe avait besoin de combler ses énormes lacunes concernant les domaines de la politique, de la vie publique et sociale. Un autre point positif de la pénétration du français dans l’aire culturelle russe était d'accompagner des idées nouvelles et progressistes qui contribuaient à l’évolution de la société russe. D'autant plus que le risque de perdre son identité était minime, car selon Tatiana Zagriazkina (idem), les emprunts français constituent 4% du fond lexical du russe contemporain, et la plupart date de la période de la gallomanie. D'une part, ce chiffre est relativement modeste, surtout par rapport aux emprunts français dans la langue anglaise (de 40% à 50%). De l'autre, il est important dans la mesure où il constitue au moins 50% de tous les lexèmes empruntés aux autres langues.

Paris, lui aussi, est devenu une notion symbolique et en quelque sorte un centre de la culture russe. Karamzine, Gogol, Tioutchev, Dostoïevski, Tourgueniev, Tsvetaieva y séjournaient. La gloire du ballet français est due en premier lieu à Serge Diaghilev, Serge Lifar, Anna Pavlova, Vaclav Nijinski, Rudolf Noureïev et autres. «Je voudrais vivre et mourir a Paris, si il n'y avait pas de Moscou!» - cette citation appartient à un grand poète Vladimir Maïakovski.

Il faut dire que le français, considéré à l'époque de Staline comme langue de noblesse et, par conséquent, celle de bourgeoisie, était pendant longtemps sur la liste «noire». Le régime bolchevique favorisait tantôt l'allemand, tantôt l'anglais - en fonction des priorités politiques. Mais d'une manière ou d'une autre, la présence de la langue française dans le système éducatif soviétique a toujours été évidente, et l'existence d'un sentiment francophile au sein de la population n'a jamais été mise en doute.

Dispositions scolaires et universitaires

Actuellement, le français occupe la 3e place dans la hiérarchie des langues vivantes. Son apprentissage est assuré par la plupart des lycées russes dans les grandes villes et celles de taille moyenne. 700.000 élèves et étudiants apprennent le français. Cela représente 5,6% des élèves et étudiants russes. Ce chiffre serait sans doute beaucoup plus élevé si le système éducatif russe imposait l'apprentissage d'une deuxième langue étrangère4. Notons également que sur 350 écoles/lycées dits spécialisés avec un renforcement d'une langue étrangère, 45 proposent l'apprentissage approfondi de la langue française.

L'enseignement du français est dispensé par quelque 11.000 professeurs. Un appui pédagogique, didactique et logistique est assuré principalement par les centres pédagogiques, les associations des professeurs de français, l'Alliance Française, l'Ambassade de France en Russie, etc. Les sessions de DELF sont également mises en place.

La plupart des lycées de grandes villes proposent aux élèves un choix de trois langues - allemand, anglais ou français - en proportions plus ou moins équilibrées. Mais dans les lycées de campagne, ce choix est limité souvent à deux langues - allemand et anglais. Il faut dire que l'anglais, comme dans la plupart des autres pays, laisse peu de place aux autres langues étrangères. La part du français a considérablement diminué après le délabrement de l'URSS où les quotas ont été supprimés et au bout de quelques années, l'anglais s'est imposé comme langue étrangère dominante. D'ailleurs, l'allemand, malgré sa deuxième position, a connu le même sort. Toutefois, le français a des atouts incontestables pour améliorer sa situation dans le cadre de la nouvelle réforme du système éducatif qui impose aux élèves l'apprentissage d'une deuxième langue vivante.

Normalement, l'apprentissage d'une langue étrangère commence à partir de la sixième. Mais certaines écoles dites spécialisées avec un renforcement du français en terme de qualité et de quantité ou celles qui trouvent des moyens de financement, proposent l'apprentissage des langues étrangères à l'école primaire et parfois même maternelle, surtout dans les grandes villes. L'apprentissage dans ce type d'école commence à l'âge de 6 ou 7 ans, et le nombre de cours est impressionnant. Prenons comme exemple le lycée Jacques-Yves Cousteau à Saint-Pétersbourg: les élèves ont 5 heures de français, un cours de littérature française, d'histoire de la France, d'art de la France, un cours de civilisation française, un cours de français d'affaires, un cours de "guides-interprètes". Sans compter d'autres cours (anglais, russe, éducation physique, etc.). Au total 10 heures par semaines rien que pour le français .

En ce qui concerne les écoles «traditionnelles», les possibilités d'apprendre une langue étrangère étaient fort réduites. Tandis qu'en sixième, il y avait 4 leçons par semaine, en quatrième et en troisième il n'y en avait que deux. Quant au lycée, on ne proposait qu'un ou deux cours par semaine. De plus, les manuels de langues étrangères, malgré leur côté fort du point de vue didactique, étaient imprégnés d'idéologie soviétique. Cela concernait surtout les manuels destinés aux lycéens: des sujets de conversation sur Lénine et le Parti communiste de l'Union Soviétique, des textes sur les kolkhozes et les «chantiers de choc», etc. Bien évidemment, les auteurs de ces ouvrages, en présentant une France «bien coiffée», se passaient de documents authentiques: un seul journal français accessible à la grande majorité des francophones était «L'Humanité». Finalement, les apprenants soviétiques avaient une image de la France superficielle et très stéréotypée.

Il faut dire que l'apprentissage des langues étrangères, notamment du français, est souvent accompagné par des activités facultatives et extra-scolaires. Dans beaucoup de lycées, il y a des cercles d'études complémentaires, des groupes de théâtre, de récitation, etc. en français. Cela motive les apprenants et améliore considérablement le niveau de connaissances de la langue. Les professeurs et l'administration des lycées organisent également des soirées et des concerts en langues étrangères, des voyages, des échanges scolaires, etc5.

En ce qui concerne les établissements d'études supérieures, là aussi, les possibilités de découvrir la langue de Stendhal sont nombreuses: l'Université Lomonossov de Moscou, l'Université d'Etat de Saint-Pétersbourg, l'Université linguistique a Moscou, Saint-Pétersbourg ou Nijni Novgorod, etc. Pratiquement dans tous les chef-lieux régionaux, il existe des universités et/ou instituts pédagogiques qui offrent la possibilité d'obtenir un diplôme de professeur de deux langues étrangères6. Bien que les filières varient d'un établissement à l'autre, la plupart du temps, il s'agit de celles de français/allemand ou anglais/français.

 

Parmi les établissements créés récemment, citons l'Institut français de Saint-Pétersbourg, ouvert en 1992 par un accord intergouvernemental franco-russe, qui est l'un des 138 établissements culturels à l'étranger géré par le Ministère des Affaires étrangères français; l'École Française de Saint-Pétersbourg (EFSP), gérée par une association de parents d'élèves et qui a obtenu l'homologation du ministère de l'Éducation nationale pour la rentrée 2003 (enseignement conforme aux programmes de l'Éducation nationale française), etc.

Problématique et particularités de la démarche interculturelle

Nous avons déjà noté que la Russie n'appartient pas à l'espace francophone. On peut plutôt parler d'une présence assez limitée de la langue et culture françaises, car la Russie ne fait pas partie des pays, où le français est une langue de scolarité comme au Sénégal ou une langue de culture traditionnelle comme en Egypte. En Russie, le français est considéré plutôt comme une langue de privilège, et dans ce sens, on peut nuancer le terme de francophonie, en le remplaçant par francospatium.

La France et la Russie n'ont pas de frontières communes. Cela veut dire que la découverte de la culture étrangère passe plutôt par l'espace «symbolique»: là où l'Allemand découvrira la France plutôt à partir de la région d'Alsace et de Lorraine, l'apprenant russe «débarquera» directement à Paris. La capitale française risque de rester le seul élément associatif dans son imaginaire. Pour éviter cela, l'enseignant de français doit présenter à parts égales la métropole et les provinces.

La démarche interculturelle se complique par le fait que la Russie n'appartient pas aux pays de la zone géographique francophone. La distance de plus de mille kilomètres séparant les deux pays rend difficile le rapprochement interculturel au niveau des contacts directs. A cela, s'ajoutent la non adhésion de la Russie à la Communauté européenne, les rapports pas toujours faciles au niveau gouvernemental, la critique démesurée et la médiatisation négative de la société russe8, l'ensemble des représentations stéréotypées sur la Russie, etc. Cet aspect est loin d'être négligeable dans la mesure où le rapprochement interculturel suppose la prise en considération des influences réciproques et des rapports de domination: d'une part, une certaine vénération de la France par les Russes, et d'autre part, une certaine méfiance des Français à l'égard de la Russie.

Un autre point important: les rapports entre ces deux cultures se basent aussi sur une relative parité. Bien évidemment, on ne peut pas évaluer en masse ou en chiffres la contribution de telle ou telle culture a la civilisation mondiale, mais au niveau du subconscient, les Russes considèrent leur culture comme unique et importante. Ils savent que la Russie est connue dans le monde entier grâce non seulement à son immense territoire, mais aussi grâce aux noms de Gogol, Dostoïevski, Tchekhov, Boulgakov, Tchaïkovski, Rachmaninov, Plissetskaïa, etc.

Le passage de la culture russe à la culture française se passe d'habitude sans complications particulières: le professeur de français n'a pas spécialement besoin de sensibiliser ses élèves, car dès le début, ils manifestent leur grand intérêt et passion pour la langue et la culture françaises. D'ailleurs, cette attitude est exprimée dans beaucoup d' uvres littéraires et musicales9, et surtout dans le cinéma, par exemple, dans un magnifique film russe dont le titre est justement «Une leçon de français» d'après une nouvelle de Valentin Raspoutine et qui fait partie des films préférés des Russes. Une histoire simple et touchante entre un élève orphelin et son professeur de français, qui se passe dans les années d'après-guerre de 1941-45 et qui se transforme en amitié bouleversante. Ou dans le film franco-russe «Salades russes» (titre en russe «Окно в Париж» - «Fenêtre vers Paris»), où les personnages, élèves d'un lycée de Saint-Pétersbourg, considèrent leur voyage inespéré à Paris comme la «chance unique de leur vie».

L'enquête interculturelle que nous avons évoquée tout à l'heure, permet de constater que les élèves russes connaissent la culture, l'histoire et la géographie françaises mieux que les Français connaissent les russes. C'est tout à fait logique dans la mesure où le russe par rapport aux autres langues étrangères, enseignées en France, est à l'échelle quasiment microscopique, alors que le français en Russie se trouve en position stable et honorable.

On constate une autre similitude de rapprochement interculturel: la Russie et la France sont majoritairement des pays chrétiens. Même si le premier appartient principalement a FEglise orthodoxe, et le second fait partie du monde catholique, leurs cultures sont basées sur la Bible et l’Antiquité. A part quelques cas particuliers, les pratiques culturelles sont les mêmes, ce qui exclut les conflits de représentations.

Pour ce qui des représentations stéréotypées, notons que la France est perçue par les Russes positivement: l'histoire des relations entre ces deux pays n'a pas connu de moments de friction. A part, peut-être, la guerre de 1812, qui a terni l'image de la France aux yeux des Russes. Les Français sont souvent considérés comme des personnes gaies, capables d'apprécier différents types d'humour. En revanche, la perception des Français par les Russes au niveau de l'humour est tout à fait particulière. Les Russes mettent souvent en évidence le côté sexuel des Français. L'expression французский поцелуй (baiser français) est devenue courante. Dans les anecdotes russes, les personnages français ont leur niche, à eux: les hommes passent souvent pour les meilleurs amants, pleins de fantaisie. Pour ce qui est des femmes, elles sont présentées comme des maîtresses virtuoses et dissolues10. On sait également que les Français ne plaisantent pas au sujet des morts. En revanche, ils parlent facilement de sexe, sujet qui gêne les apprenants russes: en Russie, il est plus facile de parler des morts que d'aborder ce sujet délicat, surtout en présence du sexe opposé.

Une autre difficulté sur le plan interculturel se pose en termes d'opposition entre le russe comme langue maternelle et le français comme langue étrangère. La plupart des élèves russes, résidant en Russie, sont privés de possibilité d'être bilingues, et par conséquent, de vivre une expérience interculturelle. Par rapport aux apprenants russes, résidant dans d'autres républiques de l'ex-Union Soviétique, comme en Lettonie par exemple, ils ont plus de difficultés à entrer dans une autre culture et à accepter ses différences.

En plus, une majorité écrasante d'écoliers soviétiques n'ont jamais eu l'occasion de faire un séjour linguistique a l'étranger, et notamment en France. Autrement dit, ils étaient privés de toute expérience pratique de communication interculturelle. Certes, actuellement, la situation commence à changer, mais pour des raisons financières, beaucoup d'élèves ne peuvent pas se permettre un séjour en France, même de courte durée.

Perspectives de la coopération

En conclusion, notons que depuis les années 1990, la Russie est à nouveau une cible de la Francophonie: l'ouverture de nombreuses institutions politiques, économiques, associatives et culturelles a contribué à la présence française en Russie. Les commémorations du tricentenaire de Saint-Pétersbourg en offrent un excellent exemple. Selon A.Avdeev, Ambassadeur de Russie en France, «le succès de cette manifestation doit beaucoup à la participation active et multiple de la France». De nombreuses publications dans la revue Le français dans le monde témoignent d'activités variées, multiples et régulières: échanges de professeurs, colloques, conférences, voyages, etc. Actuellement, il y a 9 associations de professeurs de français recensées par la FIPF, sans compter de nombreuses associations locales qui visent à entretenir et à consolider les liens culturels, scientifiques et économiques entre la Russie et la France.

Grâce aux différentes activités, surtout dans le domaine culturel, l’Ambassade de France en Russie, elle aussi, est devenue un véritable pôle d'attraction qui a littéralement réanimé la vie de la langue française en Russie. Elle apporte une réponse adaptée aux besoins de ceux qui souhaitent se rapprocher de la France et de l'Europe. Les conférences, les rencontres pédagogiques, les séminaires, les soirées, etc. sont régulièrement proposés par les centres culturels français et l’Alliance française qui a ouvert ou réouvert ses antennes dans quelques villes russes. Ainsi, l’Alliance Française de Saint-Pétersbourg vient de fêter les dix ans de sa réouverture: elle a été créée en 1907 et a existé jusqu'en 1917. L'ancienne capitale russe - Saint-Pétersbourg, entretient traditionnellement d'étroites relations avec la culture française: l’Ermitage, la bibliothèque de Diderot et celle de Voltaire, la cathédrale Saint-Isaac, construite par l’architecte Montferrand, etc. B. Piotrovsky, président de l’Alliance Française et conservateur de l’Ermitage, estime que le français est un «hôte» privilégié de la capitale du Nord: «Lefrançais résonne dans ses rues plus naturellement que toute autre langue étrangère».

L'une des principales destinations de la Francophonie est sans doute le domaine culturel et littéraire. Parmi les récents évènements de coopération franco-russe, citons les Journées de la Francophonie a Moscou dont les organisateurs proposent durant deux semaines une large palette de manifestations musicales, cinématographiques, littéraires, etc. Ces rencontres attirent des milliers de représentants de pratiquement de tous les pays francophones. En mars 2005, a eu lieu le Salon du livre de Paris qui a eu pour invité d'honneur la Russie. De multiples rencontres, discussions, tables rondes, différentes manifestations culturelles tant à Paris qu'en province avec plus de 40 écrivains et poètes invités ont été organisées.

En ce qui concerne d'autres perspectives de la Francophonie en Russie, l’un des moyens efficaces serait la promotion du français scientifique et technologique comme c'est déjà le cas pour le Centre de la science francophone, créé sur la base de l’Université technique d'Etat et de l’Université linguistique d'Irkoutsk11.

Ces activités visent en premier lieu les spécialistes en linguistique et sciences francophones et a pour objectif l’établissement des contacts directs avec le monde scientifique français.

On constate que la présence française est toujours évidente, et elle continue à concourir avec ses éternels rivaux - l’Allemagne et les pays anglophones. Dans le domaine de l’enseignement, le français gardera sa position de troisième langue étrangère, parfois il se hissera au rang de deuxième langue vivante. Il faut en profiter, car actuellement l’intérêt pour les langues étrangères a considérablement augmenté, surtout sur le plan touristique et du développement économique.

L'attitude admirative des Russes envers la France et son héritage culturel est toujours au rendez-vous. Les œuvres de Ch. Perrault, J. Verne, A. Dumas, H. de Balzac, Stendhal, V. Hugo, G. de Maupassant etc. sont connues et très aimées en Russie:

«Je viens de voir cela en Russie profonde où il n'y a pas de centres culturels français dans divers endroits. En Russie du sud, il y a une communauté de gens, tout simplement rassemblée autour de l'université qui se revendique francophone. Ces gens disent «Evidemment la Russie ne fait pas partie de la Francophonie, mais il faut que la Francophonie s'occupe de nous»12.

La Russie comprend que la Francophonie pourrait être une alternative à la globalisation et à la domination anglophone et devenir une grande force politique dans les débats contemporains sur la coopération interculturelle. D'autant plus que les statuts du français comme langue internationale permettent d'espérer que la lutte pour le multilinguisme pourra porter un jour ses fruits.

La France doit continuer son offensive francophone, surtout dans le domaine culturel, qui demeure toujours un point sensible pour les Russes, d'autant plus que l’intérêt réciproque sur le plan économique est aussi bien présent. Quelle que soit l’évolution, l’intérêt pour la Francophonie est grandissant, peut-être, sera-t-elle longue? Espérons que les deux pays trouveront des moyens, surtout à caractère technique, indispensables pour soutenir et même accroître le nombre de francophones dans un pays comme la Russie?

Bibliographie

Cahiers francophones d'Europe Centre-Orientale, (1993), L'enseignement de la francophonie, Colloque International de Pecs, le 22-26.04.1992, Vienne.

Dumont Pierre, «Francophonie, francophonies», Langue française, N°85, 1990.

Haut conseil de la francophonie, Etat de la langue française dans le monde, Documentation Française, (Données de 1995 à 2002)

Panov Sergueï, «Aspects interculturels de l'enseignement du français chez les apprenants russes» in Revue internationale Intercultur@l-net, N°2, 2003, Vladimir (Russie)

Ploquin Françoise, «Travail en fête», Le français dans le monde, N°327, 2003

Rossillon Philippe, Reyherme Yves et al., (1995), Atlas de la langue française, Paris: Bordas.

Zagriazkina Tatiana, (2002), Les traces de la France en Russie, (cours universitaire), Université Lomonossov de Moscou, faculté des langues étrangères.

Colloque international «Le français, langue du monde» du 19-20 mars 2002. CLE International

La littérature russe a Faube du 21e siècle, la Revue russe, N°26, 2005, Paris: Institut d'Etudes Slaves


Sites Internet (pages consultées entre le 10 janvier 2005 et le 15 mai 2006)

http://www.russie.net Site franco-russe

http://www.france.mid.ru/ Ambassade de Russie en France

http://www.ambafrance.ru Ambassade de France en Russie

http://www.ceco-fipf.org Site de La Commission d'Europe Centrale et Orientale de la F.I.P.F. (Fédération Internationale des Professeurs de Français)

http://www.af.spb.ru Alliance française à Saint-Pétersbourg

http://clubfr.narod.ru Association des enseignants de Français/Russie - AEFR


1. Cette «nostalgie» est due à des représentations socioculturelles en partie idéalisées sur le passé historique de l'Empire russe du 19e siècle, où le pays a vlepaysavécu, selon de nombreux historiens, ses meilleures années, et le français en tant que première langue étrangère de la noblesse russe était associé à la «belle époque».

2. Hélène Carrère d'Encausse, Secrétaire perpétuelle de l'Académie Française. Discours solennel lors du Colloque international «Le français, langue du monde» du 19-20 mars 2002.

3. Zagriazkina T. (2002), Les traces de la France en Russie. Cours universitaire. UniversitéLomonossovdeMoscou. Lomonossov de Moscou.

4. Jusqu'à présent, l'apprentissage d'une deuxième langue vivante dans les établissements scolaires dits traditionnels était facultatif.

5. http://www.fr.spb.ru/science/ECOLE4/ECOLE4. HTM Site du lycée Jacques-Yves Cousteau à Saint-Pétersbourg (page consultée le 28.02.2005).

6. En Russie, les concours de recrutement de personnels de l'enseignement secondaire (CAPES, Agrégation, etc.). n'existent pas.

7. D'ailleurs, les résultats de l'Enquête sur la perception des Français par les Russes, qui a été réalisée en 1999, 2002 et 2005 et qui sera publiée prochainement, le confirment.

8. Druon Maurice, «Comprendre la Russie», Le Figaro, du 23.09.2004.

9. L'amitié franco-russe a vécu une page particulière: en 1893, E. Lenoble et M. Roger ont composé un hymne franco-russe

 

Chantons avec ardeur, de la grande Russie,

Français, célébrons l'hymne solennel.

De nous deux nations, que Vamour fraternel

Ne forme à jamaisplus qu'une Patrie.

Russes, Français, chantons, notre c ur tour à tour

Vibre animé du même amour.

Cronstadt, à toi, salut! Toi, l'imposante aurore

Qui mit en émoi des peuples jaloux.

Qu'importe leurfureur! et malgré leur courroux,

De nos chers alliés, chantons l'hymne encore.

Dans nos deux beaux pays, notre c ur tour à tour

Vibre animé du même amour.

 

Que nos deux etendards neforment qu'un embleme.

Dans ses plis sacrés, gardons notre honneur.

Qu'il soit des ennemis la trop juste terreur

Au jour du danger, a Vinstant suprême!

Et que jusqu'à la mort, notre c ur tour à tour

Vibre animé du même amour.

 

10. Il y a une plaisanterie à ce sujet: Qu'est-ce que c'est une femme solitaire en Russie, en Allemagne et en France? Réponse: En Russie, c'est une femme qui vit seule, sans mari. En Allemagne, c'est une femme mariée qui n'apas d'amant. En France, c'est une femme qui, à part son mari, n'a qu'un seul amant.

11. Le Français dans le monde, N°329, 2003, p. 12.

12. Hélène Carrère d'Encausse. Op. cit.



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